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Fabrice Bénichou, le boxeur K.-O. debout


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24 réponses à ce sujet

#1
viddal

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http://www.lexpress....tml#xtor=AL-447

Il a quitté les rings il y a six ans. Star de la boxe française dans les années 1990, Fabrice Bénichou se remet à peine d'une tentative de suicide. Portrait d'un enfant de la balle, qui a touché le fond à force de viser le ciel.


Panama, province de Chiriqui, 30 septembre 2006. C'est ici, dans un bled moite, sur ce ring bleu électrique, face à Jorge Samudio, que Fabrice Bénichou vient chercher la rédemption. Son quatrième retour, à 40 ans. Six ans après son dernier adieu à la scène. Premier round. Premier direct. Arcade explosée. Le Panaméen frappe comme une enclume. Quatrième round. Affaibli, les paupières en sang, Bénichou voit, entre les cordes, les larmes de son père, l'homme de sa vie: "Arrête, Fabrice. Arrête." Panama, le pays de ses premiers combats, devait être son come-back. Ce fut un naufrage.

Six ans plus tard, le 11 juin 2012, une dépêche d'agence tombe, aussi sèche qu'un faire-part: "Fabrice Bénichou interné après une tentative de suicide." Aussitôt, la nouvelle enflamme les réseaux sociaux, avant de glisser dans l'oubli.

Dans la chambre 510 de la clinique Montevideo, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), l'ancien champion du monde est là, en jogging noir, assis en boule sur le lit. La pièce paraît immense autour de celui qui faisait oublier son mètre 60 sous les projecteurs. Les cheveux ont blanchi. Une infirmière frappe à la porte: "ça va, Fabrice? Tu veux de l'eau? - Non, merci", dit-il, d'une voix éteinte. Il esquisse un sourire: "Je me sens comme quand je viens de m'en prendre une, sur le ring, j'ai un genou à terre et je me demande ce que je vais faire, dans la seconde qui suit." Au sol, il y a des gants de boxe. Et sur la table de nuit, un pot de Nutella.

"Mettez votre fils à la boxe, il sera champion du monde"

Bénichou, Bénichou... Combien de salles ont hurlé son nom, d'invectives en cris d'adoration, de Las Vegas à Tourcoing. Sa vie est un road-movie, une échappée à tombeau ouvert, une quête d'absolu. Il l'a passée entre les cordes, mais, en vrai, il aurait voulu être un artiste. Enfant de la balle, il a refait le monde à sa manière, séjourné dans pas loin de 70 pays, de Bucaramanga (Colombie) à Comps-la-Grand-Ville (Aveyron). Il parle six langues, dont l'hébreu. Il a tabassé des Mexicains, des Vénézuéliens, s'est hissé trois fois au rang de champion du monde, cinq fois à celui de champion d'Europe, sans jamais être champion de France. Parce que son cosmos est à l'envers.

Son père était fakir. Une vedette, auréolée d'une aura de gourou sur les bords du Gange, dans des années 1960 férues de spiritualité. En pleineExposition universelle de Montréal, il lance sa carrière sur un coup de génie: il se fait crucifier devant un parterre de célébrités médusées, dontJackie Kennedy et Mireille Mathieu. Il renouvellera l'expérience au gré de ses spectacles de par le monde, quand les ligues chrétiennes ne grimpent pas au rideau. Sa femme, danseuse et acrobate, lui sert d'assistante pendant les shows. Elle est enceinte de cinq mois, le père Bénichou la plonge sous hypnose avant de lui casser un parpaing sur le ventre. Quand l'enfant chéri, le fils unique, voit le jour, au hasard d'une ville étape à Madrid, il y a quelques complications... A peine né, il fond de 2,8 kilos à 1,3 kilo. Pure coïncidence.

Le petit Fabrice voit donc son père hissé dans les airs tel le Messie, des clous dans les métacarpes. Il se produit comme contorsionniste dans le barnum familial, se fait des copains de castagne dans les rues de Caracas ou de Saint-Domingue. Jusqu'au jour où il se fait remarquer, à 15 ans. Le clan s'est posé à Tel-Aviv, le père y gère un cabaret et Fabrice joue au foot. Lors d'un match qui dégénère en baston, il en étale trois. Dans les tribunes, il y a un certain Chimchom, président des Gants d'or d'Israël. Il se pointe le soir même au cabaret, asticote le gamin, le gifle. Un test. Le petit Bénichou lui décoche une droite. Le vieux sourit en se recadrant la mâchoire et dit à son père: "Mettez votre fils à la boxe. Il deviendra champion du monde." Le paternel retient la consigne. Tu seras boxeur, mon fils.

"Il partait à l'abordage, à la guerre, sans aucune retenue"

Neuf ans plus tard, en 1989, c'est fait. Un combat épique contre José Sanabria. Le môme Bénichou rafle la ceinture et touche les étoiles. Il a 24 ans, une grande gueule, un look à la Mad Max, les cheveux en brosse teints en blond, un cuir noir, des éperons argentés, le tout rehaussé d'une ceinture à barillet. Il a compris qu'un champion, en boxe, c'est avant tout un personnage, une star. Il a importé en France un héros à l'américaine dont les fulgurances crèvent l'écran. Il ne laisse personne indifférent, agace. Le noble art, Fabrice Bénichou l'a appris au Panama, justement, avec les durs, les vrais. Le machisme magnifié. La fanfaronnade au bout des poings. Les salles pourraves où les pros boxent aux côtés des amateurs.

Image IPB
Triple champion du monde, quintuple champion d'Europe (ici, victorieux à Juan-les-Pins, le 10 août 1991.

AFP/J. SOFFER

C'est là, à ses débuts, qu'il a mis les gants avec le demi-dieu Roberto Duran, alias Manos de piedra (Mains de pierre). Son idole. Un assassin, champion du monde dans cinq catégories. Un type capable de perdre 20 kilos pour un combat. Un jour, le jeune Bénichou s'entraîne dans la salle. Duran arrive, à son poids de forme, 100 kilos. Il cherche un punching-ball. "Fabrizio, ven paca!" Ce jour-là aussi, Fabrizio a vu les étoiles. Il gesticule. Trop. Ça contrarie Duran. Dans la chambre 510, Bénichou sent tout à coup comme un ressac dans les tempes: "Je me suis pris un bloc de granit en pleine tronche. J'avais le cerveau qui rebondissait dans la boîte crânienne. J'ai dit stop. Moi, à côté de lui, j'étais un enfant de choeur."

Le Français n'avait pourtant pas la réputation d'amuser le ring. "C'était un grand athlète, qui dégageait une force incommensurable", se souvient l'organisateur de combats Michel Acariès, le Don King hexagonal. "Il partait à l'abordage, à la guerre, sans aucune retenue. Avec un côté suicidaire. Toutes proportions gardées, il me fait penser à Tyson." Sportif paradoxal, richissime et ruiné, invincible et fragile. Tellement fragile. La voix éraillée par des années de micro, Jean-Claude Bouttier, ancien consultant de Canal +, renchérit: "Fabrice, c'est un garçon hyper attachant, spontané, imprévisible. Capable, dans ses combats, du pire comme du meilleur."

Il n'aimait pas la boxe. C'est son entraîneur qui le dit. Une figure pagnolesque, Jean Molina. A 80 ans, il sévit encore à la salle Saint-Marcel, à Marseille. Au volant de sa vieille Mercedes, derrière ses lunettes de soleil, le voilà qui balance entre la peine, infinie, de voir le fiston toucher le fond, une fois de plus, et la rogne. Un tel gâchis. "Il avait le punch, un don, Fabrice. Sur un coup, il vous endormait. Mais lui, ce qu'il voulait être, c'est une star. Il n'allait pas sur un ring, il montait sur une scène."

Quand Molina rencontre le jeune boxeur de 19 ans, à son arrivée du Panama, il lui propose aussitôt de venir à Marseille. Le lendemain ou presque, il voit débarquer tout le clan Bénichou. "Le père, la mère, le chien, dans une Simca. Où je les logeais? Ils ont dormi à la salle pendant des mois." C'est parti pour une aventure de dix ans, entremêlée de fantastiques moments de grâce, de coups de gueule, de grands retours de flamme et d'histoires marseillaises.



Il boxe pour toute la famille. Il boxe contre lui même, la trouille au ventre, avant chaque combat


Il faut entendre Molina raconter comment, un jour, il se retrouve à Tel-Aviv, dans une baraque de 1 000 mètres carrés cernée de dobermans, à dîner chez Flatto-Sharon, un escroc financier de haut vol, polonais naturalisé israélien, un temps élu à la Knesset. "Le père Bénichou, qui gérait la fortune de Fabrice et laissait des ardoises partout où il passait, s'était entiché de lui. Il voulait lui faire payer l'organisation du championnat du monde pour son fils. Pendant le dîner, Flatto-Sharon me glisse: "On a des amis communs." Moi, je fais le mort. Dans ma tête, je cherche un nom dans la boxe. Lui: "Mais si, je suis très ami avec Tany." Tany Zampa, le parrain de Marseille. Molina s'en étrangle encore dans sa chaîne en or: "Le père Bénichou m'avait fait passer pour un mafioso!" Au nom du père, du fils et des saints d'esprit. Après ça, le Marseillais rentre furax à Marseille. Fabrice perd son titre. Malgré tout, Molina restera toujours fidèle à son poulain, même lors du combat de trop, en 1998, contre le Britannique Oliver. "Je le voulais, putain, ce championnat d'Europe, et j'ai trahi Jeannot en décidant, sur le ring, que je ne voulais pas gagner, lâche Bénichou. J'étais mort dans ma tête." L'arbitre arrête le combat en lisant dans ses yeux.

Ainsi va Bénichou, boxant sur le fil qui délimite l'imperceptible frontière entre la défaite et la victoire, le réel et la fiction, l'humiliation et la gloire. Il boxe pour couvrir ses dettes, jamais en dette de vaillance. Il boxe pour toute la famille. Il boxe contre lui-même, "la trouille au ventre, avant chaque combat". Il n'en peut plus de souffrir. S'arrête, se retrouve au RMI, empile des cartons dans des chambres froides de supermarché, sombre dans la dépression, se plante un couteau dans le poignet, un soir de dispute avec Laurence, son amour, remonte sur le ring, apparaît dans des téléfilms.


66 combats, 46 victoires, dont 24 K.-o.

1965: Naissance à Madrid.

1984: Premier combat pro, en Italie, première victoire.

Entre 1988 et 1992: Trois ceintures mondiales et cinq titres européens.

1995: Défaite en championnat de France.

1998: Défaite en championnat d'Europe, il raccroche les gants pour la troisième fois.

2006: A 40 ans, il remonte sur le ring, au Panama, et perd son dernier combat.

2011 Il joue au théâtre dans Méfausti,de Damien Odoul.

Ce n'est pas pour rien que son ami le réalisateur Damien Odoula proposéd'adapter au cinéma son autobiographie, Putain de vie! (Plon), avec Mathieu Amalric. En octobre 2011, le même Damien Odoul a fait monter Bénichou sur les planches des Bouffes du Nord dans sa pièce Méfausti: "Fabrice, il aurait pu être un grand acteur, tragique et burlesque. Il en a l'étoffe." En attendant, sa femme l'a quitté. "Elle a eu raison", dit Bénichou. Ses proches guettent son retour à la vie. Son ancien sparring partner Frédéric Perez en a pleuré quand il a lu le message de Fabrice sur Facebook: "Je vous aime. Salut les amis."

De son passé de champion, il lui reste une vieille Honda, en bas, sur le parking de la clinique. Un encéphalogramme "nickel", après 70 combats. Et "de la douleur, souffle-t-il. Pourquoi on boxe, on accepte de se prendre des coups dans la gueule?" Telle est la question, le grand mystère du noble art. "J'ai boxé pour les autres, malgré moi. J'étais un Martien. Aujourd'hui, je commence un nouveau combat: vivre."


#2
viddal

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Une interview





Fabrice Bénichou, star de la boxe des années 1990, a tenté de mettre fin à ses jours. De la clinique de Boulogne-Billancourt dont il sort cette semaine, il a donné à L'Express son premier long entretien et raconté sa "Putain de vie".


La dépêche AFP est tombée le 11 juin: Fabrice Bénichou, star de la boxe des années 1990, a tenté de mettre fin à ses jours. Triple champion du monde et quintuple champion d'Europe, il avait raccroché les gants en 1998, avant de tenter un improbable come-back au Panama, il y a six ans. De la clinique de Boulogne-Billancourt dont il sort cette semaine, Fabrice Bénichou a donné à L'Express son premier long entretien. Il nous raconte sa "Putain de vie" (titre de son autobiographie chez Plon), sur le fil du rasoir, hors du commun. Fils unique d'un fakir qui court le monde avec ses spectacles, enfance autodidacte, baignée de violence en Amérique du Sud... La gloire, puis la chute. Un récit conforme au style Bénichou, abrasif, gouailleur, attachant.

Il y a un mois, vous avez frôlé la mort. Comment vous sentez-vous?

Beaucoup beaucoup mieux. Même si l'angoisse, la boule, sont toujours là. En fait, c'est le même sentiment que quand on boxe, on s'en prend une bonne, on met un genou à terre et on se demande ce qu'on va faire dans la seconde qui suit: je me relève, je me bats ou je baisse les bras? Un peu comme pendant mon championnat du monde, en 1992 à Toulouse, contre Paul Hodkinson, le meilleur poids plume des dix dernières années. Il se trouve que je me suis relevé et que je me suis battu comme un tigre. Jusqu'à ce qu'on m'arrête pour blessure... On est à la recherche de la foi, dans ces moments-là, sa foi personnelle. Voilà comment je me sens.



Je suis hypersensible, je chiale devant un film de Disney


Qu'est-ce qui s'est passé?

Les pompiers ont reçu un coup de fil leur disant que j'allais faire une connerie. J'avais averti par téléphone deux ou trois proches, je leur ai dit: "Basta, je n'arrive plus à voir le bout du tunnel, je veux m'en aller." J'ai aussi écrit à mes amis sur Facebook. "Je vous aime." Les pompiers, suivis des flics, sont arrivés, ils ont frappé à la porte. J'étais dans le studio que me prête un ami, à Paris. Moi, je suis tellement douillet que, pour me planter un couteau dans le ventre, je m'étais torché comme pas possible. Donc quand les flics ont frappé, comme un con, j'ai ouvert, mon couteau entre les mains. Ils ont cherché à me calmer. A un moment, je me suis retourné et je me suis pris un coup de Taser dans le dos. Malgré ça, ils ont failli s'en prendre une et ils se sont mis à trois ou quatre pour me maîtriser. Je me suis vite calmé, parce que je suis tout sauf un violent. Je n'aime pas la violence. Je suis un hypersensible, je chiale devant un film de Disney.

Ce n'est pas la première fois que vous touchez le fond.

Image IPB
Le triple champion du monde confesse être devenu boxeur par hasard. "Dans les bastons, à l'école, quand on était en Amérique du Sud, j'étais très bagarreur", explique-t-il à L'Express.

AFP/ JACQUES SOFFER

Non, mais cette fois, j'allais le faire. J'étais tellement dans le noir. Au départ, c'était un appel au secours, et puis je me suis dit: "Il y en a marre..." Ma dépression, je la traîne depuis longtemps, je ne l'ai jamais vraiment soignée. Il y a eu ce déclencheur, le fait d'avoir perdu ma femme. Elle m'a quitté, elle est exceptionnelle. Elle a eu raison. Et puis je me sentais inutile, je voyais les portes se refermer les unes après les autres, dans le sport ou autre. J'étais fatigué de me battre. Quand toute ta vie, t'en as chié sur un ring, tu es fatigué de te battre.

Vous avez pourtant atteint le sommet, en boxe: trois fois champion du monde, cinq fois champion d'Europe. Ce sport, ce n'était pas vraiment ce que vous vouliez faire, au départ?

Je suis devenu boxeur par hasard. Dans les bastons, à l'école, quand on était en Amérique du Sud, j'étais très bagarreur. Mais j'ai boxé pour exister. Je voulais être une star. J'ai boxé comme j'aurais pu être danseur ou acteur. J'aurais voulu être un artiste.

Le ring, c'était un peu votre scène...

Oui, j'ai voulu créer un personnage, à l'américaine, qui n'existait pas en France, à ce moment-là, grande gueule, provocateur, avec une touche "frenchy". Et ce personnage, il fallait bien que je l'assume. Pour ça, il fallait que je gagne. Je ne laissais jamais indifférent, c'était le but du jeu. C'est pour cette raison que je me suis fait tellement d'ennemis, dans les medias, le monde de la boxe. La Fédé française n'a jamais pu me blairer. Là-bas, tu vois des photos de tous les champions, pas de moi. Au début, je suis passé pro au Luxembourg parce qu'on ne me donnait pas la licence, ici. En France, il y a une forme de condescendance vis-à-vis de ceux qui réussissent. Il ne faut surtout pas ouvrir sa gueule quand on réussit.

Vous n'avez jamais aimé le monde de la boxe...

Non, jamais, les paris, le management, tout ça. Je ne supportais pas ce milieu. Je n'ai été qu'un simple cheval de course, en fin de compte. Mais c'est aussi de ma faute. Je me complaisais là-dedans. J'aurais dû ouvrir les yeux plus tôt et gérer correctement ma carrière.



Je serais plein au as si j'avais mieux géré ma carrière


Vous avez gagné en effet des sommes considérables à l'époque où la boxe faisait lever les téléspectateurs, la nuit. Et les dettes se sont accumulées...

Ben oui, je n'ai plus que deux ou trois crédits, aujourd'hui, mais c'est sûr que je serais plein aux as si j'avais mieux géré ma carrière. Je pouvais signer 600 000 francs pour un championnat d'Europe, je touchais peut-être 100 000 ou 200 000 francs et le reste était placé, soi-disant... Qui gérait ça? Les mauvaises langues diront que c'est mon père. D'autres diront que ce sont des hommes d'affaires. C'est vrai que j'ai laissé faire papa, et papa a fait le con. Il a claqué pas mal, il en a fait claquer pas mal, en faisant confiance à des gens. Où est passé tout ce fric? Je n'en sais rien. Je m'en fous. De toute façon, je n'ai pas envie de savoir.

C'est qui, Fabrice Bénichou? Le puncheur surpuissant qui rentrait direct dans le lard de son adversaire, le champion managé par son père, ou l'homme d'aujourd'hui, fragile?

J'ai toujours eu en moi cette fragilité, qui vient aussi de notre mode de vie instable. Enfant, je suivais mon père, qui était fakir et faisait des spectacles de folie partout dans le monde. Je suis un gosse de cirque, je me suis forgé dans l'errance, je ne suis presque jamais allé à l'école, j'ai vécu dans pas loin de 70 pays, beaucoup lu, je parle six langues. Et c'est vrai qu'il y avait Bénichou, le personnage qui s'exprimait sur le ring et celui qui s'exprimait dans la vie. Avec une forme de conflit entre les deux. La boxe, c'est une violence canalisée, pointue, précise. Grâce aux techniques de respiration, de concentration que j'ai apprises avec mon père, je transformais ma personnalité de Dr Jekyll en Mr Hyde. C'est ça qui m'a permis d'être boxeur: il fallait être hyper violent en quelques minutes. Dans la vie de tous les jours, je suis plutôt "peace and love", même si j'ai une sale gueule. J'aime plutôt calmer une situation par le regard ou les mots, que me bastonner.

Image IPB
"La boxe, c'est une violence canalisée, pointue, précise. Grâce aux techniques de respiration, de concentration que j'ai apprises avec mon père, je transformais ma personnalité de Dr Jekyll en Mr Hyde", explique l'ancienne star des rings (ici à gauche lors d'un combat en 1993 contre Stéphane Haccoun).

AFP/ BORIS HORVAT

Votre légende de la boxe, c'est qui?

Roberto Duran, alias "Manos de piedra", mains de pierre. Un assassin, avec une putain de gueule de chicanos. Avec Ray Sugar Leonard, il a été champion du monde dans cinq catégories! J'ai eu la chance de mettre les gants avec lui, au Panama, où j'ai vraiment appris la boxe. Un jour, j'étais dans la salle, en train de m'entraîner, Duran arrive. Un bide énorme, il devait peser 90 ou 100 kilos. Il avait besoin de quelqu'un pour s'échauffer. "Fabrizio, ven paca!" Intimidé, je monte sur le ring. Je bouge, je bouge... L'entraîneur me dit: "Arrête de bouger comme ça, tu vas l'énerver! Fais gaffe à toi." Tout à coup, je vois Duran tirer un direct du gauche. Baam! Je me suis pris un bloc de granit dans la tronche. J'ai dit: "Stop!" Et je suis redescendu. C'était dément. Aucun autre boxeur ne m'a jamais mis ça, de toute ma vie. Moi, à côté, j'étais un enfant de choeur. Quand il touchait, il détruisait.

On a souvent parlé de votre style, très personnel, anarchique et généreux...

Je n'avais pas une boxe académique, c'est sûr, mais elle était efficace. J'ai fait près de 70 combats et mon électroencéphalogramme est nickel. J'ai juste une trace dans la tête due à une chute quand j'avais neuf ans, c'est tout. Il y a un paquet de boxeurs, à 30 combats, qui ont des taches dans le cerveau, des problèmes. Moi, on croyait que je prenais beaucoup de coups mais je les amortissais. Je marquais parce que j'étais un petit blanc, je sortais avec les yeux comme des oeufs de pigeon, mais le cerveau n'a pas morflé. J'étais petit, donc j'étais obligé d'avoir une boxe de battant, d'aller au contact, à la guerre. Et je foutais la trouille au mec en face. Par la psychologie. Un jour, je suis allé accueillir mon adversaire, un Colombien nommé Mendoza, champion du monde WBA en titre, à la descente de l'avion, pour lui souhaiter la bienvenue. Le type était sur le cul.



J'ai tout fait, oui, des apparitions dans des téléfilms, j'ai travaillé à l'usine, dans des chambres froides de supermarché...


La trouille, parlons-en. Vous avez souvent parlé de votre peur à vous, avant les combats. Elle était si présente?

Oui, avant chaque combat, c'était l'horreur. C'est un sentiment horrible, cette boule, cette envie de vomir... Imagine un mec qui va te taper dessus, tous les gens autour qui te regardent et qui vont se foutre de ta gueule. Quand on est trouillard comme je le suis, il faut arriver à transformer cette peur en haine, en agressivité. Alors je me concentrais, je faisais appel à des techniques de respiration. C'est aussi à cause de ça que je partais en courant des vestiaires pour monter sur le ring. Entre les loges et le ring, c'est le passage le plus long, là où l'angoisse est la plus forte. Les gens croyaient que c'était du cinéma, mais non. J'arrivais et au gong, je devenais Bénichou le boxeur. Je devenais très méchant, dans un état second. La défaite, en boxe, ce n'est pas comme dans un autre sport. C'est une humiliation. On ne dit pas: "Il a perdu, il s'est bien battu." Dans la boxe, il n'y a pas de numéro deux. Tu perds, tu passes pour un con, c'est terrible. Je boxais toujours dos au précipice. Je n'avais pas le droit de perdre.

D'autant que vous faisiez vivre toute la famille...

Oui. Tout était focalisé sur moi, tout le monde investissait son énergie sur moi, et il fallait que je réussisse pour tout le monde. Quand mon père était une grande vedette, il nous faisait vivre. Après, c'était moi. J'étais aussi obligé de remonter sur le ring pour ça.

Image IPB
"Dans la boxe, il n'y a pas de numéro deux. Tu perds, tu passes pour un con, c'est terrible. Je boxais toujours dos au précipice"

AFP / JACQUES SOFFER

Après la gloire, vous avez connu le RMI, les petits boulots... De quoi vivez-vous, aujourd'hui?

J'ai tout fait, oui, des apparitions dans des téléfilms, j'ai travaillé à l'usine, dans des chambres froides de supermarché... Il y a un an, je me levais à trois heures du matin pour ça. La tête des gens quand ils me voyaient arriver à l'usine! En réalité, même si j'avais arrêté la boxe plusieurs fois, j'y suis aussi revenu plusieurs fois. Je pense, après ce qui vient de se passer, que je viens tout juste de refermer le livre de la boxe, émotionnellement... Et donc, en ce moment, je vis du coaching. Je survis, plutôt. Je mets en place des projets. Je n'ai plus droit à aucune aide et tant mieux, ça m'oblige à me bouger. Si tu restes dans l'assistanat, tu ne fais rien.

Quels projets avez-vous?

J'en ai plusieurs, dont celui de partir aux Emirats Arabes Unis, après l'été, pour former des sportifs. Ils sont très intéressés par mon nom, n'ont pas d'équipe de boxe... Mais avant ça, je vais donc m'investir dans le coaching. Moi qui cherchais quoi faire pendant si longtemps, j'ai trouvé quelque chose qui me plaît, enfin. Jacques Séguéla m'a tendu la main, encore une fois, pour m'aider à trouver des clients parmi des chefs d'entreprise. C'est devenu une mode, aujourd'hui, mais aussi une nécessité: les gens ont besoin de faire du sport pour être bien dans leur tête, dominer leur peur, se surpasser. Avec mon bagage sportif, ma connaissance du yoga, des techniques de respiration, je peux facilement transmettre, j'aime ça.

Quand vous repensez, là, à votre passé de champion, qu'est-ce qu'il vous évoque?

De la douleur, à cause du gâchis. J'aurais pu faire tellement plus.

Ça fait quoi, la vie normale, une fois qu'on descend du ring?

Ça fait peur. Quand on arrive dans la vie normale, on réalise que vivre, c'est l'équivalent du sport de haut niveau. Moi, j'ai touché mon rêve, mais quand on devient quelqu'un de connu, ok, c'est formidable, et après? Est-ce que c'est ça qui fait vivre? Maintenant, j'ai décidé de me battre pour moi-même. Je repars à zéro, avec mon nom et mon CV. Et je vais vivre dans le monde des hommes.


#3
pedrorizzo

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    la bagarre jusqu'au vomissement

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bienvenu dans la réalité.......

#4
babybel

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J'aimais bien Benichou, un vaillant, il s'échappait pas lol
Il parle 7 langues je crois et je ne sais pas si c'est dit dans l’interview, je lierai sans doute plus tard :14beer:
Le schtum :( d'après carrière beaucoup de sportif de haut niveau le prennent mais on en parle presque pas.

Modifié par babybel, 14 July 2012 - 13:59.


#5
fdyphenomen

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On ne trouve pas le bonheur interieur avec quoi que ce soit dans l'ici bas, mais en adorant son Seigneur.

Sinon comme ci desssus, on en arrive à des dérives extremement graves, genre suicide etc etc...........

En tout cas c'etait un sacrée bonhomme, dans le monde de la Boxe.

Modifié par Fdyphenomen, 14 July 2012 - 17:04.


#6
viddal

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Merde je viens d'apprendre qu'en tant qu'athée je vais sombrer et me suicider.

En tout cas j'espère qu'il va se remettre de tout ça.

Modifié par viddal, 14 July 2012 - 19:37.


#7
babybel

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:rolleyes:

#8
skito

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j'taime bien @Fdyphenomen

, mais ton prechi precha on s'en dispensera . Merci
"Après tout, on ne peut commenter qu'en fonction de son éducation et de son expérience et quand on n'a ni l'une ni l'autre, il reste le droit de dire des âneries pour en faire braire d'autres."

#9
fdyphenomen

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Y en a bcp oui des athées qui se suicide apres comme dans tout ca n'est pas une generalités, je parle ci dessus de bcp qui se fiche royalement de tout ce qui est spirituel, à tel point qu'ils sont comme imuniser et ne sombre pas, mais certain qui ne croient en rien sont et reste tellement sensible à un bien être qui vas au dela de l'ici bas et qui ne trouve pas ce bien être avec ce qui les entourent (materiel et le reste, donc l'ici bas) qu'ils sombrent et comme le dit F.Benichou :

"Je suis un hypersensible, je chiale devant un film de Disney."

Ce genre de personne oui, eux sont bien plus disposé a sombrer .

C'est ce que je voulais dire ci dessus Viddal, et ne te sent pas attaquer je dit ce que je pense sans pour autant attaquez les gens , mon premier post n'était pas une attaque général .
Chacun parle selon ses envies ses croyances (moi les miennes) et tout un tas de choses, ou comme l'athéisme comme tu l'as fais ci dessus.

Et encore je n'attaque personnes, juste je parle selon ma croyances.

Modifié par Fdyphenomen, 14 July 2012 - 20:40.


#10
viddal

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Y en a bcp oui des athées qui se suicide apres comme dans tout ca n'est pas une generalités, je parle ci dessus de bcp qui se fiche royalement de tout ce qui est spirituel, à tel point qu'ils sont comme imuniser et ne sombre pas, mais certain qui ne croient en rien sont et reste tellement sensible à un bien être qui vas au dela de l'ici bas et qui ne trouve pas ce bien être avec ce qui les entourent (materiel et le reste, donc l'ici bas) qu'ils sombrent et comme le dit F.Benichou :

"Je suis un hypersensible, je chiale devant un film de Disney."

Ce genre de personne oui, eux sont bien plus disposé a sombrer .

C'est ce que je voulais dire ci dessus Viddal, et ne te sent pas attaquer je dit ce que je pense sans pour autant attaquez les gens , mon premier post n'était pas une attaque général .
Chacun parle selon ses envies ses croyances (moi les miennes) et tout un tas de choses, ou comme l'athéisme comme tu l'as fais ci dessus.

Et encore je n'attaque personnes, juste je parle selon ma croyances.


Oui oui, je sais bien, ne t'inquiètes pas.

#11
hakimtazi

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Un sujet qui va finir à la pubelle .. qui va dégainer le plus vite : Boboss, mishima, noxess .... ;)

#12
skito

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Moi cette hypersensibilité je la mettrai plutôt sur le compte de sa depressivité m'enfin ... il y a en effet de quoi faire un film de sa vie. Quant à son père, qu'il lui cherche encore des excuses me laisse pantois
"Après tout, on ne peut commenter qu'en fonction de son éducation et de son expérience et quand on n'a ni l'une ni l'autre, il reste le droit de dire des âneries pour en faire braire d'autres."

#13
viddal

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Oui c'est vrai qu'il a pas l'air de lui en vouloir plus que ça.

#14
Fedro94

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@fdyphenomen: arrete ta propagande religieuse, c'est ridicule et pas cohérent ce que tu dis !

La religion à la base c'est pour contrôler la population pour en faire ce qu'on en veut, pour récolter de l'argent ou faire des guerres et plein d'autre chose au nom d'une idéologie.

Avant en France on pouvait te bruler si des gens avait le moindre doute sur ta religion et j pense pas qu'il s'en servait que pour bruler que les voleurs, tueur...si tu vois ce que j veux dire.

Modifié par Fedro94, 19 July 2012 - 10:58.


#15
hakimtazi

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@fdyphenomen: arrete ta propagande religieuse, c'est ridicule et pas cohérent ce que tu dis !

La religion à la base c'est pour contrôler la population pour en faire ce qu'on en veut, pour récolter de l'argent ou faire des guerres au nom d'une idéologie !

alors toi aussi ne juge pas les religions

#16
Fedro94

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Je donne mon point de vue.

#17
kobayen

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et puis faut pas confondre religion et spiritualité, ainsi soit-il, mvoyez......

#18
hakimtazi

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Alors à ce compte la fdyphenomen donne son avis aussi

#19
viddal

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Bon les gars, c'est un sujet consacré à Fabrice Bénichou.

#20
STAROS

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Tout à fait, vu que tout ce qui tourne autour de la religion et spiritualité est de l'ordre de la croyance, du dogme voir de l'émotion et non de la raison, on ne pourra pas avoir de discussions constructives et on finira par s'écharper.

Apres, il faut arréter de se leurrer, on juge toujours. On a tous un avis, ( même lorsque l'on est le moins qualifié dans le sujet ) à moins d'avoir un encéphalogramme plat... ou footeux peut être :p

Pour en revenir au Champion, j'ai pris connaissance de sa douleur sur son mur FB, et c'est vrai que j'avais mal au coeur pour lui, surtout que certains "fans" le descendaient car ils trouvaient qu'ils parlaient trop de sa femme.

C'était un champion que je trouvais horrible pugilistiquement parlant, mais, il était sacrément vaillant ! On avait presque l'impression de voir une bagarre de cours d'école en le voyant tellement il ballançait des godillots et autres patates de forain. Je pense que c'est un peu pour cela qu'on l appréciait ou pas...
C'était un peu un Nassem hamed 10 ans auparavant.

Modifié par STAROS, 19 July 2012 - 16:04.

« Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence » Ghandi